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title: "Défaillances d’entreprises : le record de 2025 décrypté"
url: "https://www.weizman-avocats.com/actualites/defaillances-entreprises-record-2025-decrypte"
type: "article"
publisher: "Cabinet Weizman Avocats"
author: "Cabinet Weizman Avocats"
rubrique: "Focus sur..."
published: "2026-06-14"
modified: "2026-07-01"
description: "« Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. » Sénèque, Lettres à Lucilius"
keywords: ["défaillances entreprises 2025", "procédures collectives", "liquidation judiciaire", "redressement judiciaire", "sauvegarde", "Banque de France"]
language: "fr-FR"
license: "All rights reserved"
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# Défaillances d’entreprises : le record de 2025 décrypté
« Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. » Sénèque, Lettres à Lucilius
![Illustration - Défaillances d'entreprises 2025](https://mombgvnqhnlpgmybdnrm.supabase.co/storage/v1/object/public/blog-media/articles/diverse-2179d159-ea2b-4997-95e3-af7db80ad360-1781561790.png)
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« Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. » Sénèque, Lettres à Lucilius

L’année 2025 restera comme celle d’un record que nul ne souhaitait voir. Selon les statistiques de la Banque de France, les défaillances d’entreprises ont atteint 68 564 sur les douze mois achevés en décembre 2025, dans les données disponibles au début du mois de février 2026, soit une progression de 3,5 % par rapport à l’année précédente. C’est le niveau le plus élevé jamais enregistré par la statistique publique française.

Le chiffre est lourd, et il s’est aussitôt installé dans les titres de presse, les conversations de dirigeants et les notes des analystes. Un nombre de cette nature appelle pourtant la prudence, parce qu’il en dit beaucoup tout en se prêtant facilement aux contresens. Que recouvre-t-il au juste ? Annonce-t-il une vague de faillites à venir, ou solde-t-il un retard accumulé ? Et que doit en faire le dirigeant qui le lit ?

Cet article propose une lecture raisonnée de ce record, qui n’en minimise pas la portée mais en restitue le sens exact. Derrière le nombre, il y a des décisions à prendre, et la première consiste à ne pas se méprendre sur ce que le nombre signifie.

## I. Le chiffre et sa mesure : que recouvre exactement une défaillance

### A. La défaillance n’est pas la faillite : une notion de procédure

Le mot défaillance entretient une confusion permanente avec celui de faillite, terme que le droit français a pourtant abandonné depuis longtemps dans son sens technique. Une entreprise défaillante, au sens statistique, est une entreprise qui fait l’objet de l’ouverture d’une procédure collective devant un tribunal : sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire. La défaillance est un événement judiciaire, daté par un jugement d’ouverture, et non un constat économique de difficulté.

Cette distinction commande l’interprétation du chiffre, avec des effets très concrets. Une entreprise peut être économiquement exsangue sans être défaillante au sens statistique, faute de procédure ouverte à son égard. À l’inverse, une entreprise placée en sauvegarde, procédure tournée vers la continuation, est comptée comme défaillante alors même que sa situation n’est pas désespérée. Le compteur enregistre des ouvertures de procédures, pas des morts d’entreprises.

Le cadre de ces procédures figure au Livre VI du Code de commerce, dont l’article L. 620-1 ouvre la sauvegarde au débiteur qui justifie de difficultés qu’il n’est pas en mesure de surmonter, sans être en cessation des paiements. La défaillance recouvre donc des situations juridiquement très éloignées les unes des autres, depuis l’entreprise qui anticipe jusqu’à celle qui a cessé tout paiement depuis des semaines.

### B. Ce que le compteur de la Banque de France enregistre, et ce qu’il ignore

La Banque de France construit son indicateur à partir des jugements d’ouverture transmis par les greffes des tribunaux de commerce et des tribunaux judiciaires. Le décompte est rigoureux, mais il comporte des angles morts qu’il faut connaître pour ne pas surinterpréter.

La défaillance ignore d’abord les disparitions silencieuses. Une part importante des cessations d’activité se fait sans aucune procédure : le commerçant qui ferme boutique, la société radiée du registre sans passif déclaré, l’auto-entrepreneur qui cesse de déclarer son chiffre d’affaires. Ces extinctions n’apparaissent jamais dans le chiffre, qui sous-estime de ce fait la mortalité réelle des entreprises.

Le chiffre dépend ensuite du rythme des juridictions. Un tribunal engorgé, un délai d’audiencement allongé, et l’ouverture glisse d’un mois à l’autre, parfois d’une année sur l’autre. L’indicateur mesure ainsi l’activité des tribunaux autant que la santé des entreprises, ce qui invite à la prudence lorsqu’on compare deux périodes ou qu’on attribue une hausse à une cause économique unique.

## II. Anatomie du record : 68 564 défaillances en douze mois

### A. La barre des 68 000 franchie, au-dessus de la moyenne d’avant-crise

Le niveau atteint en 2025 mérite d’être replacé dans la durée. La Banque de France situe la moyenne annuelle de la décennie 2010-2019, celle qui précède la pandémie, à 59 342 défaillances par an. Le chiffre de 2025 dépasse cette référence d’avant-crise de près de neuf mille unités, ce qui interdit de parler d’un simple retour à la normale.

Une lecture purement cumulative serait toutefois trompeuse. Les données de la Banque de France font l’objet de révisions mensuelles à mesure que les jugements remontent des greffes. Le chiffre de 68 564, arrêté pour décembre 2025 dans la publication du début février 2026, fait l’objet de révisions à la marge à mesure que les jugements remontent des greffes. L’ordre de grandeur ne bouge pas, mais la précision apparente du nombre suppose qu’on en indique la date d’arrêté, car un chiffre statistique n’est jamais définitif.

Les sources professionnelles confirment l’ampleur du phénomène avec des périmètres légèrement différents. L’étude Altares, qui suit les mêmes procédures selon une méthodologie propre, recense 69 957 défaillances pour l’année 2025, en hausse de 3,1 % sur un an, niveau qu’elle qualifie d’inédit. Les deux compteurs convergent sur l’essentiel : 2025 a battu le record historique, quelle que soit la décimale retenue.

### B. La structure du chiffre : la liquidation directe domine

Un record global ne dit rien de sa composition, et c’est dans la composition que se loge le diagnostic. La répartition par type de procédure révèle un déséquilibre persistant. Selon l’étude Altares pour 2025, sur l’ensemble des défaillances, 47 078 sont des liquidations judiciaires directes et 21 336 des redressements judiciaires, ces derniers en hausse de 8,6 % sur un an.

La prédominance de la liquidation directe constitue le véritable enseignement du chiffre. Lorsqu’une entreprise est placée directement en liquidation, sans passer par le redressement, c’est que sa situation était déjà irrémédiablement compromise à la date du jugement. Cette voie traduit une difficulté traitée trop tard, à un stade où aucune continuation n’est plus possible. Qu’elle domine aussi largement le paysage des procédures dit quelque chose de constant dans la pratique française : on saisit le tribunal lorsqu’il n’y a presque plus rien à sauver.

Le coût humain de cette structure est lourd. Altares évalue à 267 200 le nombre d’emplois menacés en 2025, salariés et dirigeants confondus, soit onze mille de plus que l’année précédente. La part liquidée de ce total donne la mesure de ce qui n’a pas pu être préservé.

## III. Lire le record sans le surinterpréter

### A. Un rattrapage post-Covid devenu surchauffe

La trajectoire qui mène au record de 2025 s’explique d’abord par un effet de rattrapage. Pendant la crise sanitaire, les dispositifs de soutien massif, prêts garantis par l’État, reports de charges, suspension des assignations, ont comprimé le nombre de défaillances bien en deçà de son niveau naturel. Des entreprises qui auraient normalement déposé le bilan ont été maintenues à flot par ces mesures. Le creux de 2020 et 2021 ne traduisait pas une bonne santé, mais une mise en suspens.

Le retour à la normale s’est opéré par un rebond mécanique, à mesure que les soutiens s’éteignaient et que les échéances de remboursement arrivaient. Ce rebond a cependant dépassé le seul rattrapage. En franchissant nettement la moyenne d’avant-crise, le chiffre de 2025 indique que l’on n’est plus dans le simple solde du retard, mais dans une dynamique propre, nourrie par le ralentissement de l’activité, le poids des coûts et la fin de la tolérance de trésorerie qui avait prévalu pendant la pandémie.

Cette différence entre rattrapage et surchauffe a une conséquence pratique : elle interdit de prédire mécaniquement la suite. Un rattrapage s’épuise une fois le retard soldé, là où une dynamique de fond se prolonge tant que ses causes demeurent. Selon que l’on lit le record d’une manière ou de l’autre, les anticipations divergent, et la prudence commande de ne pas trancher trop vite.

### B. Les secteurs et les tailles d’entreprise inégalement exposés

La moyenne nationale recouvre des situations très contrastées. Toutes les entreprises ne sont pas également exposées, et le dirigeant a intérêt à situer sa propre activité dans cette géographie du risque plutôt qu’à s’en tenir au chiffre global.

Les secteurs les plus cycliques, dont la demande dépend étroitement de la conjoncture et du pouvoir d’achat, supportent l’essentiel de la hausse. La construction, le commerce de détail, la restauration et certains services aux particuliers concentrent traditionnellement les défaillances en période de ralentissement, tandis que les activités moins sensibles au cycle résistent mieux. Le record national est la somme de dynamiques sectorielles divergentes, qu’aucune moyenne ne restitue fidèlement.

La taille de l’entreprise joue dans le même sens. Les très petites entreprises, plus fragiles en trésorerie et moins armées pour négocier un délai, forment le gros des bataillons de la défaillance. L’année 2025 a toutefois vu progresser les procédures touchant des structures plus importantes, dont la défaillance produit des effets en chaîne sur leurs fournisseurs et sous-traitants. Cette remontée vers des entreprises de taille intermédiaire mérite d’être surveillée, car elle diffuse le risque bien au-delà du débiteur initial.

## IV. Ce que le dirigeant doit retenir

### A. Le moment où l’on consulte décide souvent de l’issue

S’il fallait retenir une leçon du chiffre de 2025, ce serait celle du moment. La prédominance de la liquidation directe sur le redressement raconte une histoire récurrente, celle de dirigeants qui ont attendu, par espoir ou par méconnaissance des outils disponibles, le point où aucune solution de continuation n’était plus accessible.

Le droit des entreprises en difficulté repose pourtant sur une idée simple : plus l’on agit tôt, plus l’éventail des solutions est large. L’entreprise qui consulte avant la cessation des paiements dispose de la sauvegarde, de la conciliation et du mandat ad hoc, qui sont des outils confidentiels et négociés. Celle qui attend une cessation des paiements déjà avancée se retrouve souvent acculée à la liquidation, faute de marge de manœuvre. Entre ces deux situations, c’est le calendrier, plus que la gravité initiale, qui a fait la différence.

### B. La défaillance n’est pas une fin : les outils de rebond existent

Reste à combattre l’idée que la défaillance scellerait un destin. Le record de 2025 ne décrit pas que des fermetures ; il recense aussi des redressements, des plans de continuation et des cessions qui sauvent une activité et des emplois. Le redressement judiciaire, en hausse en 2025, est précisément l’instrument par lequel une entreprise viable mais en difficulté peut être réorganisée et préservée.

Le législateur a multiplié les dispositifs de rebond, depuis la sauvegarde accélérée jusqu’aux plans de cession qui permettent à un repreneur de poursuivre l’activité expurgée de son passif. Pour le dirigeant, la question n’est donc pas d’éviter à tout prix un mot qui inquiète, mais d’identifier au plus tôt l’outil adapté à sa situation. Bien anticipée et bien accompagnée, la défaillance n’est pas l’échec : elle est parfois la condition du redémarrage.

## Conclusion : derrière le nombre, des décisions

Le record de 68 564 défaillances en 2025 est un fait, qui traduit une conjoncture difficile, un héritage de la crise sanitaire et une dynamique de fond qu’il serait imprudent de nier. Ce fait n’est pourtant pas un présage, et il ne dispense pas de l’analyse. Le chiffre mesure des ouvertures de procédures et non des morts d’entreprises ; il dépend du rythme des tribunaux autant que de la santé économique ; il recouvre des situations opposées, de la sauvegarde anticipée à la liquidation tardive.

Pour le dirigeant, l’enseignement tient moins au nombre qu’à sa structure. La domination de la liquidation directe rappelle, année après année, que le sort d’une entreprise en difficulté se joue d’abord sur le calendrier de la décision : consulter tôt préserve le choix, attendre le fait disparaître.

Le chiffre ne dit pas l’avenir. Il dit l’utilité d’agir tôt, et c’est sans doute le seul enseignement qu’un record de défaillances puisse réellement transmettre.

## Sources

- Banque de France, Stat Info – Défaillances d’entreprises : 68 564 défaillances sur les douze mois achevés en décembre 2025 (+3,5 %), données arrêtées début février 2026.

- Altares, Bilan 2025 des défaillances d’entreprises : 69 957 défaillances (+3,1 %), dont 47 078 liquidations judiciaires directes, 21 336 redressements judiciaires et 1 543 sauvegardes ; 267 200 emplois menacés.

- Code de commerce, Livre VI, article L. 620-1 (sauvegarde).

- Sénèque, Lettres à Lucilius (épigraphe).

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**Mots-clés** : défaillances entreprises 2025, procédures collectives, liquidation judiciaire, redressement judiciaire, sauvegarde, Banque de France
Source : https://www.weizman-avocats.com/actualites/defaillances-entreprises-record-2025-decrypte